dimanche 22 octobre 2017

Allon bat' karé dans la marmite lentilles !

Cela fait un mois que je n'ai pas randonné ; ça me manque ! Ce qui ne me manque pas du tout en revanche, c'est le dénivelé positif !
Comme ce weekend, les principaux sentiers sont pris d'assaut pour le Grand Raid et autres trails, il me faut trouver un circuit loin de toute cette agitation.
Je jette mon dévolu sur le cirque de Cilaos, pays des lentilles (et du vin). La météo prévoit 25°, beau temps, quelques nuages au bord des remparts... ok !

Je me gare près de l'église, où se terminera mon périple ; puis direction le sentier de la Chapelle / îlet à Cordes.
C'est ce qu'on voit là-bas, sur le petit plateau !


Inutile de sortir la polaire, il fait déjà bon... les 25° ne sont pas loin et il n'est que 8 h du matin !



En plus, toutes ces grandes roches qui emmagasinent la chaleur pour la restituer plus tard !!


Un bel éboulis laisse apercevoir la vraie nature de la roche : blanche et noire.


Le sentier descend franchement et j'arrive assez vite au niveau de la rivière.


Ici on peut apprécier l'état de sécheresse avancée de la nature...


Me voilà au niveau du lit de la rivière. Je n'ai aucune énergie alors je décide de faire une première pause dans ce cadre enchanteur.


Vers l'aval


et vers l'amont !


Après trempette des gambettes et ravitaillement, il faut bien que je reparte et je suis moyennement motivée vu que je vais m'attaquer au plus gros de la journée. Mais d'abord il faut rejoindre le pied de la falaise ; une nouvelle échelle a été posée depuis mon dernier passage :


Elle permet d'éviter l'ancien passage qui se faisait juste sous la falaise friable...


D'ici on arrive même à voir le massif du Piton des Neiges jusqu'au Gros Morne !


Il ne reste plus beaucoup de briques du vieux pont emporté par les eaux en furie...


Les grosses traces blanches le montrent bien : c'est à partir d'ici qu'on souffre : ça va monter et ça va chauffer !


La fournaise, ce n'est pas que notre volcan actif, c'est partout quand il fait un soleil pareil et que la chaleur est réfléchie par les roches...


Je souffle, je souffre, je sue, je m'essouffle, je m'étouffe, je m'arrête tous les 200 m... heureusement que j'ai la vue !



Plus je monte et plus j'ai chaud, et plus c'est beau !



J'atteins enfin le petit passage délicat sécurisé par une main courante grillée par le soleil.


Un peu au-dessus, c'est le répit (de courte durée) avec la traversée d'une petite zone ombragée. Mais qui monte toujours !



C'est reparti pour le plein soleil. Et c'est en m'arrêtant pour une énième reprise de respiration prise de photo, que je la vois :
"regardez cette vue magnifique - bisous"


Tant que tu veux je vais la regarder ! Je pourrais même y passer la journée ! Mais faut que j'continue...


La fin de la montée est, comment dirais-je, assez déconcertante... C'est déjà scandaleux de virer ses déchets dans la nature, mais venir les déposer juste à côté de ce petit autel, franchement...


Je passe vite et me retrouve sur la petite départementale qui arrive à Ilet à cordes ; en face, le plateau de Cilaos, d'où je viens :


Îlet à Cordes, c'est un autre monde ou une autre dimension... Des vallons arides où les cailloux poussent naturellement, et où des gens s'évertuent à vouloir y mettre à la place des plants de lentilles... Un travail de Titan.


Après avoir "décaillouté" et fait des petits tas, il faut planter, arroser, désherber et récolter, et vu la tête du terrain, aucune mécanisation possible. Seulement avec ses petites mains... et un dos plié en deux...


Mais la lentille qui pousse ici, elle est petite et fondante avec un goût inimitable !


Cilaos ne serait pas Cilaos sans son vin : ici c'est le printemps


C'est le tout début des grappes.


Et du géranium rosat et plein d'autres fleurs


Je suis maintenant sur la départementale très peu fréquentée vue que l'îlet est un cul-de-sac. Par contre je ne pensais pas que ça monterait autant au début. J'ai maintenant une belle vue sur la cuvette et ses champs.


On vient rarement ici et quand on vient en voiture, on regarde plus les virages que les paysages. Aujourd'hui, à pied, je vais découvrir plein de choses insoupçonnées !


Les gens vendent du vin, des lentilles et du miel ; il y a pas mal de gîtes et chambres d'hôtes (dont un gîte de luxe !!).


Je suis tranquillement la route qui fait des montagnes russes. Je prévois de faire ma pause déjeuner quand j'arriverai au croisement avec le GR. En attendant, je savoure les panoramas tout en cuisant sous le chaud soleil.


Je suis pile dans l'axe du cirque, au bout on voit la ville et la côte !!


Cette grosse falaise noire et blanche qui me surplombait tout à l'heure est maintenant au même niveau que moi.


Côté falaise, il y a des choses sympas aussi :





Ça alors, je vois même le sentier de ce matin, où j'ai fait ma pause près de la rivière ! C'est loin ! Je comprends mieux pourquoi ça a piqué dans les cuisses ! Et dans les poumons, et dans le cœur, partout en fait !


Je dépasse le site Fleurs jaunes, où des kiosques près de l'eau permettent aux familles de venir pique-niquer. Mais pas que : c'est un site très connu de canyoning et descente en rappel. D'ailleurs je me trouve maintenant face à cette grande "faille" creusée par la cascade ; il y a même des gens en train de descendre...


C'est un canyon célèbre pour son esthétisme et sa verticalité (jusqu'à 53 m de rappel, et une succession de bassins turquoises ; bon pour le turquoise, on repassera...)



Les sportifs sont toujours au début de la descente...


C'est quand même pas rien ce truc !






Je continue mon petit bonhomme de chemin dans la marmite qui chauffe de plus en plus (il est presque midi)...


Je vois enfin le point de repère qui m'indique que je ne suis plus très loin du GR !


Comme ce sont les vacances et que je crains qu'il y ait foule au bord de la rivière, le long du GR, je fais un petit écart lorsque j'entends un agréable clapotis. Gagné !!


De l'eau, de l'ombre... l'endroit idéal pour le pique-nique !


La pause fraîcheur était parfaite. J'ai repoussé au maximum le moment de repartir... mais il le fallait ! Avant le GR, j'ai droit à la vue sur le plateau de Cilaos, tout là bas, ce n'est pas vraiment pour me motiver, sachant qu'il va falloir descendre encore dans le creux et remonter de l'autre côté.


Tous les sentiers devraient être comme cette portion !!




Je retrouve sans problème la "cascade cachée", à une cinquantaine de mètre du sentier dans un virage.


Un peu plus loin sur le sentier, je croise des touristes qui font leur pause à des endroits tout à fait insignifiants ; s'ils savaient ce qu'ils loupent !!
Le sentier sort de la forêt et les vues sont de nouveau grandioses :


C'est à partir d'ici que commence une grande descente ; direction l'eau vive !





Finalement l'eau vive n'est pas bien virulente, ni fraîche ; je n'ai même pas envie de tremper les pieds une dernière fois avant d'entamer la dernière montée.


Le soleil ne m'aura accordé aucun répit de la journée... je cuis sous mon chapeau...



C'est bien la seule chose qui m'ait motivée à avancer toute la journée !!


lundi 16 octobre 2017

Bleu, bleu, le tunnel de lave !

Sortie différente ce dimanche.
Ce n'est pas comme cela que je vais me préparer à l'ascension du Dimitile par le Bayonne, un des plus durs sentiers de l'île, que j'ai prévue en décembre... Mais parfois, trop d'entraînement tue l'entraînement !!
Et puis là où je suis allée, c'est quand même assez exceptionnel.
Un tunnel de lave.
Mais pas n'importe lequel.
Le tunnel bleu. Vieux de 22 000 ans.
Classé un des 5 plus beaux DU MONDE par ses couleurs (devinez laquelle) et ses concrétions géantes.

IL FAUT QUE JE VOIE CELA !!

Rendez-vous est pris avec Rudy Laurent, le fameux guide de Kokapat Rando que l'on voit dans tous les reportages sur la Réunion (le dernier en date étant "Faut pas rêver").

Je retrouve 4 autres touristes sur le parking de l'église de Pont d'Yves.
Vraiment étrange cette église ; on dirait qu'elle a un mirador... mais ce n'est pas une prison, c'est bien une église !


Voilà les grandes lignes de l'histoire du "tunnel bleu"...

Découvert par hasard dans un champ, il y a 4 ans, quand le tracteur qui passait par là a fait s'écrouler la voûte de quelques mètres... causant une grosse frayeur au conducteur mais mettant ainsi au jour un véritable joyau. Et oui car sous ces broussailles insignifiantes se trouvent des trésors insoupçonnés !



Le tunnel a été arpenté, répertorié et étudié pendant deux ans et demi par les guides spécialisés.... avant d'être ouvert au public dans une version "limitée" : 15 visites par mois maxi, et 6 personnes par visite maxi. Histoire de le préserver au mieux, contrairement aux autres tunnels véritables aspirateurs à visiteurs plus ou moins précautionneux et attentifs...

Rudy prend d'abord le temps de nous faire une piqûre de rappel en matière de géologie, formation de la Réunion, types de lave (les cours de chimie du lycée sont bien loin...). On a beau avoir visité la Cité du volcan, vu des dizaines de reportages, on oublie vite toutes ces notions, pourtant nécessaires pour comprendre tout le système.



50 mètres de marche et nous voilà devant le trou qui ne paie pas de mine, contrairement à la solide grille et aux trois énormes chaînes cadenassées qui maintiennent le tunnel à l'écart des indélicats.

On pénètre dans l'antre, il fait 18-19 °C, plus frais que les autres tunnels (normal, on est à 1 000 m d'altitude).

Inutile de prendre son appareil photo, le taux d'humidité atteint les 97 % alors ce serait bête de l'abîmer. De plus, les microgouttes d'eau en suspension dans l'air renvoient la lumière du flash, si bien qu'on a plein de points blancs. Il faut régler la sensibilité d'une certaine manière. Mais notre guide se charge des photos, il a l'habitude ; on les récupère sur le site web un peu plus tard.

Comme cela on peut profiter à fond du spectacle.
Si vous voulez toutes les explications détaillées, je crains que vous deviez faire la visite ! Je peux néanmoins apporter quelques éclaircissements, si ma mémoire ne me fait pas trop défaut.

Ici ces formations en écailles sont dues aux impuretés de la surface qui se sont infiltrées et déposées en "gours" (chercher dans un dico pour en savoir plus !). Du plus bel effet !


Un vrai labyrinthe avec des tunnels de plusieurs centaines de mètres qui partent dans tous les sens, sur plusieurs niveaux...


Il y a de la silice, du manganèse, de l'alumine, plein de petits trucs chimiques combinés de différentes manières qui parfois donnent cet effet bleuté scintillant.


Et aussi des textures différentes, liées à la viscosité de la lave, sa composition, sa vitesse.




Oubliez tout ce que vous savez sur les stalactites calcaires, qui grandissent au fil des siècles. Ici, ça coule, ça se solidifie et c'est fini, ça ne bouge plus. Et parfois, si l'extrémité est bouchée et qu'il y a une nouvelle arrivée de lave fluide, ça peut sortir à l'horizontale ("excentrique") par une partie fragilisée par exemple, comme sur celle de droite, qui a une petite verrue !



C'est l'un des plus beaux passages. On frôle le violet !!


Ici, c'est l'un des plus longs passages intacts de ce genre au monde... on le franchit accroupi.


La lave qui coulait, bouillonnait sous la voûte a en quelques sortes "crépi" le plafond ; les américains appellent cela "sleeping bats" ; ils ont de l'imagination pour voir ici des chauves-souris en train de dormir...


Quoique... ici la forme est plus approchante !





Et pour ces stalagmites d'un nouveau genre, il faut chercher au-dessus la "poche" de lave visqueuse qui s'est crevée à un moment et s'est écoulée lentement, chaque goutte ayant à peine le temps de couler qu'elle figeait déjà, servant de support à la suivante, jusqu'à épuisement de la poche.


Quand une stalactite rencontre une stalagmite, on obtient une colonne, ici recouverte d'impuretés extérieures jaunes.


Finalement non, je ne vous donnerai pas l'explication de cette stalactite horizontale !! Allez voir vous-même, c'est tellement plus intéressant !




Le tunnel bleu est beaucoup plus large que les autres, et bat tous les records en matière de concrétions.


Petite note brunâtre pour ces trois-là. Un peu de fer qui aurait rouillé ?


Le tunnel bleu débouche, très loin en aval, directement dans le Bras de la Plaine. Voici la version miniature de ce que ça a dû donner !


On ne marche pas beaucoup dans ce tunnel car il y a énormément de choses à regarder sur une petite distance.


Les cassures sont dues à la rétraction du tunnel après le refroidissement...


Quand nous sortons il est midi passé. Il pleut... Le tunnel de lave, c'est la seule activité que l'on peut faire quand il pleut, aucun risque de se retrouver dans une rivière souterraine.

Kokapat nous offre une boisson fraîche, que nous buvons sous les parapluies.
Puis je me mets en quête d'un endroit au sec pour mon pique-nique ; je ne le trouverai qu'au bord de l'océan, à l'Étang-Salé. Là où les tunnels de lave s'écroulent dans la mer...